Discours

Cérémonie marquant l'anniversaire de service des fonctionnaires et enseignant-e-s

Chères collaboratrices,
Chers collaborateurs,

En vous voyant ici toutes et tous réunis, je me rends compte que l’addition de toutes ces années de service représente en fait des siècles de travail, d’engagement et de fidélité à ce qu’on appelle de manière générique la fonction publique. Face à un tel constat, vous comprendrez aisément que le Gouvernement a de bonnes raisons de vous réunir ici, à l'Ecole de Culture générale, accompagnés de vos supérieurs hiérarchiques pour vous remercier de votre engagement professionnel et humain au sein de l'Administration cantonale et de l'Ecole jurassienne.

C'est également une belle occasion de rappeler l'appartenance des uns et des autres à un employeur commun alors que d'ordinaire chacune et chacun travaille dans le cadre de son service, de son école. Certes l'organisation, les structures créent des cloisonnements mais je veux croire que les personnes peuvent et surtout savent et sauront dépasser ces frontières et travailler en étroite collaboration afin que la population bénéficie de prestations de qualité et que leur travail soit exercé dans de bonnes conditions.

Je réalise l’incroyable ampleur et l’extrême diversité des tâches que chacune et chacun d’entre vous avez pu accomplir, qui dans la police, qui dans les ponts et chaussées, qui dans la justice, qui dans l’enseignement, qui dans les services et les bureaux et dans un contexte où l'Administration fait bien souvent l'objet de critiques. Je souhaite vous remercier au nom du Gouvernement jurassien.

Je vais probablement vous décevoir en précisant que par rapport à la situation actuelle, il faut savoir qu'en fait la fonction publique a toujours été plutôt mal vue, en tout cas dans les pays de sensibilité latine.

Les fonctionnaires de l’Ancien Régime étaient en général très mal vus, voire haïs de la population ; cela tient peut-être au fait qu’ils devaient le plus souvent acheter, ou racheter, leur charge ou leur fonction et que, par conséquent, ils n’avaient rien de plus pressant que de récupérer très largement leur investissement en opprimant leurs administrés.

C’est à partir du grand élan de la Révolution française qu’une véritable fonction publique au sens actuel du terme s’est progressivement mise en place. L’image de cette dernière ne s’est pas véritablement améliorée et tout le 19e siècle reste méfiant, critique et sarcastique envers le fonctionnaire : le théâtre de Courteline, souvenez-vous « Messieurs les Ronds-de-Cuir » , « Le gendarme est sans pitié ».

Il constitue une sorte d’apogée de cette stigmatisation des fonctionnaires considérés comme bornés ou encore autoritaires. Les éditions les plus récentes du dictionnaire Robert gardent des traces de cette méfiance. Je vous renvoie au terme « fonctionnaire » et vous verrez que les citations et les exemples proposés sont plutôt péjoratifs.

Je cite rapidement : "bureaucrate ", "rond-de-cuir ", «"révoquer, casser un fonctionnaire », « crimes et délits de fonctionnaires : forfaiture, concussion, détournement, exaction, prévarication, soustraction, corruption de fonctionnaires et bien sûr, puisque c’est un dictionnaire français, « grève des fonctionnaires ». Le 20e siècle, qui a connu une incroyable expansion de la fonction publique du fait de l’extension et de la diversification des tâches de l’Etat, a un peu mis en veilleuse ces critiques, ce d’autant plus que le niveau de formation, de motivation et d’engagement des fonctionnaires n’a cessé de croître.

Cependant, aujourd'hui encore on a volontiers une image négative de la fonction publique et sans véritablement engager un débat sur les prestations que nous attendons de l'Etat et qu'il doit assurer, des termes aussi sympathiques qu'amaigrissement de l’Etat ou dégraissage des effectifs des fonctionnaires sont légion.

Indépendamment de la volonté politique visant à réorganiser certains services, à réaliser des économies structurelles, le Gouvernement observe régulièrement, mis à part quelques exceptions, que la fonction publique assume ses activités avec engagement, dynamisme, efficacité, innovation et gestion rigoureuse et qu'elle n'est pas synonyme de gaspillage, de routine, d’impuissance, de lenteur et de nonchalance.

D'ailleurs n'a-t-on pas pu lire dans la presse que le Gouvernement somnole alors que vous savez toutes et tous que ce n'est pas vrai !

Il ne m'apparaît par ailleurs pas utile d'opposer le secteur privé et le secteur public. Dans les multiples missions que la fonction publique a à assumer, notamment découlant des législations régulant les différents domaines d'activités dans lesquels vous travaillez, je sais à quel point il est important de pouvoir compter sur une fonction publique motivée, compétente, imaginative et au service de tous, de chacune et de chacun.

Je suis convaincue que, dans son immense majorité, la fonction publique jurassienne correspond totalement à cette image et que vous vous situez pleinement dans cette perspective. Il y a donc lieu pour vous d’être fiers d’être au service de la population jurassienne, une fierté sans forfanterie, une fierté sans arrogance, une fierté « tranquille » en quelque sorte.

Au nom du Gouvernement, je vous adresse mes remerciements et vous souhaite de trouver de la motivation et des satisfactions dans la poursuite de votre engagement professionnel et plein succès dans ce que vous entreprendrez dans le cadre professionnel et dans votre projet de vie.

Elisabeth Baume-Schneider
Présidente du Gouvernement


> Retour à la liste <

Seul l'exposé oral fait foi

© Elisabeth Baume-Schneider 2010 - 2016, tous droits réservés