Discours

Quand les femmes bougent, le monde bouge

Réfléchir à la situation des femmes dans le Jura et en Suisse m’amène à éprouver  un double sentiment de solidarité :

  • accompagné de révolte face aux honteuses situations de détresse vécues à travers le monde par les femmes dans des contextes de crises ou de conflits qui se traduisent bien trop souvent par des droits démocratiques bafoués, par des vies déjà vulnérables ou précaires qui basculent dans l’inacceptable constitué d’innombrables et souvent innommables humiliations et souffrances;
  • accompagné de gratitude face aux luttes courageuses et obstinées menées par les femmes pour être entendues et être reconnues dans leurs droits; je pense par exemple à celles qui refusèrent de payer leurs impôts parce qu’elles ne votaient pas, à celles qui renoncèrent à la dignité et à la sécurité de leur vie de famille pour affronter l’ironie, l’hostilité, parfois le mépris de leur environnement pour se consacrer avec audace et générosité aux causes féministes afin que d’autres puissent s’épanouir.

Après le 100ème anniversaire de la journée de la femme, le 8 mars de cette année, je concède être partie pour Berne, le samedi 13 mars, un brin résignée face à l’ampleur des inégalités persistantes. Toutefois, en marchant avec plusieurs milliers de femmes et hommes dans les rues de Berne dans le cadre de la marche mondiale des femmes, l’évidence s’est à nouveau imposée. Je suis, aujourd'hui comme hier, persuadée qu’il est plus utile que jamais de rappeler à quel point l’égalité, acquise de haute lutte lors de votations et désormais enfin ancrée dans  le domaine juridique, ne peut se contenter de campagnes de sensibilisation mais doit impérativement devenir une réalité quotidienne pour les femmes et les hommes concernés. Trop souvent il nous est  rétorqué, à nous les femmes, que nos revendications relèvent de la sphère privée et ne concernent pas la société ! Arguments indécents lorsqu’on parle d’égalité salariale, d’assurance maternité, d’allocations familiales, d’accès aux crèches ou encore de congé d’adoption ou de paternité pour ne citer que quelques sujets qui me tiennent particulièrement à cœur.

Le bureau de l’égalité m’a demandé d’esquisser ma perception de 8 ans d’engagement au Gouvernement jurassien. Si mon discours de militante reflète naturellement mes valeurs et convictions, passer de ce discours à un témoignage plus personnel reste une étape délicate. Parler de soi ne va décidément pas de soi !
Une valeur centrale de mon engagement de femme souhaitant concilier ma vie familiale et mon engagement politique réside dans la liberté de choix et le respect de ce choix. A la naissance de notre fils aîné, Luc, j’ai décidé, d’entente avec mon mari, de poursuivre une activité à temps partiel et j’ai eu la chance de pouvoir compter sur un employeur (Service social et médico-social des Franches-Montagnes) prêt à confirmer les responsabilités que j’avais lorsque je travaillais à plein temps. Je pouvais également m’appuyer sur un réseau familial proche, disponible et rassurant. Près de 7 ans plus tard, à la naissance de Théo, j’ai cessé mon activité professionnelle; je redoutais de ne pas réussir à consacrer suffisamment de temps pour construire un lien fort avec nos garçons tout en assumant un emploi à temps partiel exigeant et la Présidence du Parlement jurassien. Je me souviens d’une période de doutes et de manque de confiance pour oser prendre mon bébé avec moi durant cette « année présidentielle ». Toutefois, une fois la décision prise, je n’ai eu que rarement à redouter des regards dubitatifs ou critiques ou encore des propos péremptoires...
Lors de mon élection au Gouvernement, ce fut un bouleversement dans l’organisation familiale. Progressivement, j’ai trouvé un rythme de vie ne me permettant pas du tout d’équilibrer le temps passé au travail et le temps réservé à la famille. J’ai en revanche tenté, et je crois avoir plutôt réussi, à distinguer ces deux temps que sont la semaine orientée travail et les fins de semaines consacrées à la vie familialeet à ne pas me laisser submerger à la maison des responsabilités, inquiétudes ou stress découlant de mon mandat politique. Il ne s’agit pas d’une frontière arbitraire ou rigide mais d’un besoin de vivre pleinement le moment présent.
Afin de contenir la culpabilité qui parfois quand même surgit, j'ai appris à faire confiance à mon entourage proche et à lâcher prise. Bref, jour après jour, la politique cohabite avec mon statut de mère de famille. Tout cela a un sens.

Je ne saurais terminer mon propos sans préciser à quel point je me sens redevable de ce que j’ai reçu; j’ai pu étudier grâce au soutien de mes parents et des bourses d’études, j’ai eu la chance de choisir et d’exercer un métier vraiment souhaité. Aujourd’hui, je vis une expérience de vie exigeante et enrichissante permettant à la « sève militante » qui façonne  mes idéaux et utopies de s’exprimer en projets et en action, une action politique orientée vers plus de solidarité entre femmes et hommes.  Le plaisir que je trouve  dans le débat d’idées et dans l’engagement  politique et le soutien de mon parti me permettent de relativiser les moments de doutes !

Mes remerciements vont au Bureau de l’égalité, à Mme Fleury et son équipe (Laure Chiquet, chargée de mission, et sa suppléante Marie Marquis, Daniella Willemin, secrétaire, remplacée dernièrement par Florence Leuenberger Rieder, ainsi qu'aux stagiaires), qui assurent une indispensable politique de promotion de l’égalité.
En cette année électorale, je souhaite vivement que de nombreuses femmes n’hésitent pas et s’engagent sur les listes de leurs partis respectifs et surtout qu'elles soient élues ! 
Un vif et chaleureux merci déjà à toutes celles qui s’impliqueront et que la campagne de cet automne soit forte et généreuse !

 

Elisabeth Baume-Schneider
Ministre de la Formation, de la Culture et des Sports


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