Discours

Vernissage 2010 de la balade de Séprais

Madame la Conseillère aux Etats,
Madame Sylvie Ringenbacher,
vice-Présidente de la Communauté de Communes du Pays Sous Vosgien,
Mesdames et Messieurs les membres du comité de «Sous la Ligne Bleue» et chers invités du Territoire de Belfort,
Mesdames et Messieurs les membres du comité de la Balade de Séprais,
Chère artiste et chers artistes,

J’ai le plaisir de saluer aujourd’hui dans notre paysage jurassien deux nouveaux artistes sur la Balade : Théo&Dora, plasticienne et installatrice du crû, domiciliée à Genève, et Adrien Jutard, land-artiste français établi dans un canton voisin au Jura. Merci à tous deux pour vos contributions que j’espère naturellement durable dans notre environnement. Si Théo&Dora a planté un arbre qu’on pourrait imagier nous plonger dans une tragédie homérique et nous cacher le reste de la forêt, Adrien Jutard, lui a décidé de nous accompagner dans une réflexion, sans velléités moralisatrices aucunes, face à nos attitudes consuméristes et à nos responsabilités environnementales. Vous permettrez volontiers que je salue également deux artistes dont la générosité s’exprime par une œuvre offerte pour le « boudoir » de la Balade. Vous aurez reconnu Peter Fürst et Jean-Pierre Gerber.

Je prends plaisir à enrichir le préambule et la conclusion de mon intervention en empruntant  au poète Philippe Rebetez, travailleur social à Delémont quelques joyaux. Dans son dernier recueil il écrit:

«tant de rencontres
en lisière d’intimité
sur une terre parfois aride
mais toujours
le sol
accueille ton pas
ici
le calme rassure
là-bas
il inquiète »

Je me permets de contrarier quelque peu l’assertion poétique par une hypothèse transfrontalière rassurant et rapprochant nos institutions et nos actions, du moins pour ce qui est de nos activités artistiques, notre culture et nos loisirs.

Chaque nouvelle œuvre est un enrichissement de notre paysage - en particulier de ce magnifique et émouvant site - mais aussi de notre environnement, de notre patrimoine artistique et de notre culture et des émotions qu’elle  permet de vivre de manière personnelle, intime ou au contraire collective.

Pour nous, citoyennes et citoyens du Territoire de Belfort et du canton du Jura, cela peut paraître banal que de louer la qualité de nos environnements, du Pays Sous Vosgien à la vallée de Delémont, en passant par le Haut Territoire et l’Ajoie. Cependant, cette qualité de vie nécessite une prise de conscience et doit être nourrie, préservée et promue dans un état d’esprit tout à la fois nourri de bienveillance et de rigueur.  

Nos deux régions, et je m’en réjouis particulièrement, sont associées aujourd’hui par de nombreux projets et réalisations, dont celui qui vous réunissait hier et qui concerne Sous la Ligne Bleue (des Vosges !) et la Balade de Séprais.

Nos paysages bucoliques et nos parcours artistiques seront tantôt liés par les flèches du XXIème siècle : une autoroute du Sud au Nord  et une probable nouvelle liaison SNCF entre Delle et Belfort et surtout ils seront reliés à l’Europe par une ligne TGV d’Est en Ouest. Les paysages changeront autour de ces axes de transport. Paysages au sens propre, mais paysages aussi aux sens économiques, sociaux et culturels.

A nous de les imaginer et de les vivre diversement  et plus intensément qu’en béton, lignes électriques et ferroviaires.

A vous, chers artistes de nous proposer de rêver, de construire habilement, de nourrir et de promouvoir «les lisières d’intimité», la «terre parfois aride», de les habiter avec de la réflexion, du sens, du lien, de l’art, ... de les habiller avec une définition artistique du progrès qui corresponde aux préoccupations citoyennes et humanistes, et afin de ne pas laisser les spéculateurs assécher notre paysage avec uniquement des zones industrielles et résidentielles aux allures clonées  et parfois bien stériles si les femmes et les hommes de la région ne sont pas suffisamment invités à s’impliquer.

Nous avons la chance de vivre  une époque de défis régionaux franco-suisses ! Révélons-les, puis relevons-les avant qu’ils ne soient confinés ou confisqués de manière réductricespar les seuls enjeux économiques et mercantiles.

Je sais que nous savons trop peu de ce que les artistes proposent comme alternatives à la conduite des affaires de nos collectivités.
Si les artistes l’anticipent aujourd’hui, ils disposeront demain d’un espace d’expression significatif entre nos deux territoires.
Définissez-le, dessinez-y des projets, faites-nous en part !  Nous sommes conscients des efforts à consentir pour occuper cet espace et nous vous aiderons à réaliser au mieux certains de vos projets.

Faisant allusion à la production de spectacles estivaux dans les très touristiques Alpes valaisannes, des shows populaires très coûteux et de qualité très relative, un journal satirique romand  «Vigousse» titrait le 2 juillet dernier : «En été, le Valais se jette dans le bide !». J’aimerais évidemment tellement qu’on puisse un jour titrer : «En été, le Jura jette les sens dans ses pâturages !» ou «Le Jura et le Territoire de Belfort STATUEnt sur le bord de la route» ou «En été, la frontière se parcourt à piédestal et se traverse de chemin de fer !» ou encore «Jura et Belfort tournent un destin animé» ou «Entre Etueffont et Séprais, les touristes se (Mé)ruent dans les fossés»... à choix! (et merci à Jean Marc Voisard,  délégué aux affaires culturels, pour sa créativité…).

Plus sérieusement, Mesdames et Messieurs, nous avons beaucoup à apprendre et à prendre les uns des autres.
«Sous la Ligne Bleue» dispose d’un budget biennal de plus de 150’000€ en moyenne, constitué de deniers provenant des communes, du Département, de la Région et de fonds privés, ainsi que d’un personnel à temps partiel et quasi permanent au sein de l’administration de la Communauté de Communes.
«La Balade de Séprais» quant à elle se débat avec des moyens plus que 10 fois inférieurs, provenant presque uniquement du canton et avec des forces de travail exclusivement bénévoles.
Là, nous, Suisses, nous devons apprendre, essayer de professionnaliser ce qui devrait l’être pour le pilotage de projet et l’accompagnement des bénévoles

Il n’est pas inintéressant de rappeler que l’investissement dans la culture représente en Europe une moyenne dans laquelle la France fait figure de privilégiée avec ses 180 francs suisses par an et par habitant. Seuls les pays scandinaves et l’Autriche font un peu mieux.

La Suisse représente, elle, un marché où chaque individu investi (volontairement ou non d’ailleurs) plus de 300 francs par habitant et par an tandis que dans le Jura, le montant est d’environ 171.-/an/habitant, LoRo, entreprises et communes incluses. Près du double de la France !  Là c’est vous, amis Français, qui avez à y prendre, en vous insérant dans le marché suisse de l'art.
Dans cette perspective, il est cohérent de rendre nos offres culturelles et nos marchés nationaux de l’art perméables. Invitons-nous mutuellement dans nos jurys et expositions et ouvrons nos deux parcours d’arts plastiques à nos publics et médias respectifs.
Relions-les par un tracé d’œuvres d’art novateur, comme des veines qui iraient au cœur des agglomérations Belfort-Montbéliard, le long des rives du Doubs et du Rhin-Supérieur, dont Bâle-Mulhouse et Besançon-Dijon sont des couples de cités dont les habitants sont de forts amateurs d’art, y compris d’installations contemporaines.
«Mutuellement», le mot est lancé ; et l’expression est bien française ! Mutualisons !

Pour terminer sur ce sujet, j’aimerais citer Alberto Manguel:
« … toute crise de société est une crise de l’imagination. » C’est assez dire que nous devons laisser davantage d’espace et de temps à l’imagination !
Merci encore !  Merci aux artistes de créer de nouvelles œuvres dans nos paysages, merci aux promoteurs qui les invitent à nous proposer de nouveaux parcours. Tous deux, artistes et promoteurs, nous inciteront à provoquer ou à rêver un monde qui ressemblera davantage à l’harmonie de la nature. Et ce monde nous invitera à réfléchir à la nature humaine et à la nature de nos ambitions humanistes et culturelles.

Comme promis, permettez une illustration finale, que j’emprunte encore une fois si volontiers  à Philippe Rebetez :

«regards profonds
brouillardeux
étreintes
traces d’hommes
un autre monde
entame le jour»

Les étreintes c’est ici et maintenant.
Les plus belles traces d’hommes, c’est tout autour de nous.
Un autre monde, avec vous, si vous voulez bien nous aider à le rêver et à passer des utopies à l’action pour le vivre, aussi, les yeux ouverts.

Je vous souhaite une excellente Balade à Séprais, je remercie les artistes et je vous remercie de votre attention.

Elisabeth Baume-Schneider
Ministre de la Formation, de la Culture et des Sports


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