Discours

Motivations à solliciter un nouveau mandat

Camarades,

Voici 8 ans à Saignelégier, je sollicitais votre confiance pour figurer sur la liste socialiste au Gouvernement. Je précisais à l’époque que l’engagement politique était pour moi indispensable, vital même, pour autant qu'il me donne l’énergie et la responsabilité de renoncer au politiquement correct, de même que la force et la cohérence de proposer de vrais choix de société.  

S’il n’est de loin pas banal d’entrer dans la culture du Gouvernement,  et si comme le dit Moscovici,  le pouvoir est un long remord auquel on accède sans en accepter les contraintes, je crois aujourd’hui pouvoir affirmer que si je fais face et assume les exigences découlant d’un mandat à l’exécutif cantonal, je n’ai pas perdu ma sève militante et la justice sociale m'est chevillée au corps.  Aujourd’hui encore, je suis  convaincue que l’action politique doit être un véritable aiguillon contre l’indifférence, une responsabilité collective qui ne saurait se limiter à des  programmes ou à des slogans électoraux. La politique que j'aime est celle qui se traduit et surtout se vit par des projets solidaires qui mettent la femme, l’homme au cœur de notre engagement.

Je tiens à vous remercier de la confiance que vous m’aviez témoignée et si 8 ans se sont écoulés, la sève militante est bien là et je suis toujours pétrie de convictions quant à la nécessité et la justesse de l’engagement politique.

Notre congrès de septembre étant réservé au programme politique, je renonce à vous ennuyer trop longtemps avec un inventaire des  projets menés à la tête du Département de la Formation, de la Culture et des sports. Je vous rends toutefois volontiers  des comptes et vous livre quelques repères dans ce domaine pour lequel j'apprécie tout particulièrement de m'impliquer. J'ai la volonté de situer l’éducation et la formation comme de véritables investissements contribuant à donner aux jeunes les outils leur permettant de construire avec confiance et surtout avec  dignité leurs projets de formation et d’engagement professionnel. A ce titre, de l’école enfantine au niveau tertiaire, il est indispensable de garantir les conditions cadre donnant sens à l’égalité des chances. Il s'agit d'être vigilant et ambitieux pour ce qui concerne les cursus de formation  et la question de l’accessibilité aux études (projet CCC4, augmentation des bourses et prêts d'études et du cercle des bénéficiaires, organisation transversale du CEJEF,  campus tertiaire à Delémont) et de valoriser le métier d’enseignant en ayant un dialogue de qualité avec le syndicat (salaire des maîtresse d’école enfantine, travailleur social à Delémont, etc..)

Pour ce qui est de la culture, nous avons la chance de vivre un foisonnement de projets culturels et le problème premier réside encore et toujours dans le manque flagrant d'une infrastructure digne de ce nom pour la région dédiée aux arts de la scène (CREA création, formation et représentation) et dans des budgets encore modestes mis à disposition des institutions (ex les musées, les centres culturels….) et des artistes. Le projet Paléojura recèle de multiples richesses tant sur le plan de la protection et mise en valeur du patrimoine paléontologique et géologique, que sur les options possibles en terme pédagogique et scientifiques avec à la clé un centre de compétences ou un institut universitaire à installer dans le Jura.

Sur le plan sportif, la loi sur les activités physiques et sportive est sur la table des députés. Je m'arrêterai là.

Ce soir, j'ai avant tout  à cœur (un peu comme dans un entretien d’évaluation avec mon employeur) de vous dire comment je travaille et le sens de mon engagement.
J'ai besoin de comprendre le contexte pour ensuite bousculer les certitudes et convaincre que les choses peuvent évoluer et changer (pas de nostalgie… mais un optimisme du « comme après ».)
Pour  chaque dossier, chaque projet, plutôt que de me demander  uniquement de quoi s’agit-il, je m'interroge aussi sur les conséquences humaines car à chaque fois, ce sont des personnes qui sont concernées et il faut  aller à leur rencontre pour comprendre les enjeux de leurs demandes et/ou besoins. Le goût du dialogue, le plaisir  du contact fait partie de ma nature, tout comme, je le sais bien, je suis trop souvent en retard.
 
Je distingue la politique du clientélisme et assume le risque que je souhaite occasionnel (conjoncturel- structurel…) de décevoir, mais je suis à chaque fois (si j’en ai le temps) prête à m’expliquer.

"Tout engagement génère des compromis, et il est évidemment beaucoup plus facile de rester soi-même en ne faisant rien. "Ethan Hawke
Je ne me résigne pas, je tente d'organiser patiemment de petites victoires afin que les pièces du puzzle s’organisent progressivement de manière cohérente. (c’est parfois long je l'admets)

Dans cette perspective, être de gauche, femme et minoritaire, comme vous pouvez l’imaginez ou le redoutez n’est pas toujours facile ou jubilatoire. Mais cela m'incite à défendre mes opinions avec encore davantage d’énergie, de convictions et de fermeté.
Le combat politique est à mes yeux noble, juste.
Et  si parfois le jeu politique apparaît usant ou rébarbatif, il faut chaque fois revenir à nos fondamentaux de femme et d'homme de gauche et penser à

  • la femme ou  l'homme qui élève seul ses enfants et n'arrive pas à nouer les deux bouts, qui manque de structures d'accueil, d'école à horaires continus, etc…
  • la caissière qui s'escrime au travail et paie, quand elle y parvient, la même prime de caisse-maladie que la personne aux revenus plus que confortable  (initiative caisse maladie unique et sociale)
  • les workings poor –anglicisme incongru comme si  on avait honte d'utiliser notre belle langue française pour parler  travailleurs pauvres qui galèrent, des ouvriers.
  • L'augmentation en Suisse de l'écart entre les salaires les plus bas et les plus élevés dans une entreprise. Ainsi, en 2009, le rapport était de 1:56 contre 1:49 en 2008. Autrement dit, dans ces entreprises un top-manager gagne davantage en une semaine que les employés les moins bien payés en une année. (et je ne parle même pas des primes et des bonus)
  • L'écœurement face à l'inégalité salariale entre les femmes et les hommes.
  • La perte de prestations, le démantèlement des assurances sociales (AI, AVS, LACI)  sous couvert de mesures d'assainissement
  • La nécessité de reconquérir à chaque fois ce qui paraissait acquis (avortement plus remboursé par l'assurance de base selon une initiative UDC soutenue par une trentaine de parlementaire de droite)
  • Le scandale de l'affaire UBS
  • Etc.

Vous en conviendrez, plus que jamais, s'engager a du sens, là où les syndicats sont forts, là où on vote et élit à gauche, on ne fait pas n'importe quoi et la gauche sert à quelque chose surtout maintenant! C'est notre responsabilité à nous tous aujourd'hui et nous devons montrer que les personnes fragilisées peuvent compter sur nous

Il ne s'agit pas de nous contenter de discours moralistes comme la droite s'en gargarise parfois.  Il est temps de s'engager camarades, de manière offensive et pas seulement dans une attitude défensive dans laquelle voudrait  nous confiner cette même droite qui parfois même  n'hésite pas à  nous culpabiliser.

Si la crise semble s'estomper pour certains, elle est encore bien présente pour d'autres d'où la nécessité accrue de régulation et de solidarité. Et qu'on ne vienne pas nous empêcher de prendre nos responsabilités en termes d'empreinte écologique, de développement durable sous prétexte de moyens financiers limités. 
Si nous avons à revoir notre attitude de consommateur, l'Etat quant à lui doit investir dans la sauvegarde de l'environnement et le développement des technologies dites vertes.

Socialistes, camarades, le sort des urnes nous appartient. Nos revendications sont légitimes, notre combat pour les plus faibles est fondé et juste; j'en suis convaincue et c'est pour cela que je me bats depuis toujours contre les inégalités et que je me bats avec vous.

L'histoire récente nous donne raison: les grandes banques  ont fait n'importe quoi; on nous a vanté les mérites de la dérégulation, de la main invisible au point qu'à un moment donné  quand tout allait bien on s'est mis à douter. Quand tout a capoté et qu'on s'est retrouvé au bord de la catastrophe, les Etats ont dû intervenir de toute urgence pour palier aux "saloperies" des grandes banques. Dans le même temps que le programme de sauvetage de l'UBS était voté en quatrième vitesse,  la droite ne s'est toutefois pas privée de réduire encore les prestations de l'assurance-chômage et s'en prendre ainsi aux plus faibles. Cela montre bien que la Suisse est toujours un pays où la droite domine largement et que nous avons toujours beaucoup de peine à nous faire entendre et c'est la même situation dans le Jura. Cela n'empêche pas la droite la plus bête dans notre canton de prétendre que le Jura est dirigé par le parti socialiste. (propos prêtés à M. Baettig dans la presse)

Camarades, il est temps de nous concentrer sur cette campagne. Montrons que nous sommes présents comme nous l'avons fait en récoltant massivement des signatures pour le dépôt de notre initiative pour une caisse-maladie unique. C'est un combat juste, qui s'avère long mais tellement nécessaire que nous ne pouvons pas abandonner.

Avec vous, je veux un Jura fier, éclatant, solidaire mais surtout incandescent dans sa volonté d'offrir à chacune et à chacun non pas simplement une place mais sa place dans notre société.

Bref, fort de ces convictions et de nos belles énergie, nous allons gagner et au Parlement et au Gouvernement.

Si vous le voulez bien, je serai votre candidate, fière de mener liste commune avec Michel en qui j'ai totale confiance et avec qui ce sera un honneur de porter le drapeau des couleurs socialistes. Michel s'est engagé de manière remarquable à la tête du parti et il sait nous mobiliser avec enthousiasme, déterminisme et bienveillance.
Merci de votre attention.

Fontenais, 2 juillet 2010

Elisabeth Baume-Schneider

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