Discours

Election à la présidence du Gouvernement jurassien

Monsieur le Président,

Au nom du Gouvernement, je vous adresse mes vives félicitations et souhaite que vous
trouviez dans l’exercice de votre mandat des satisfactions à la hauteur de vos attentes et de
vos légitimes ambitions pour l’action d’un parlement fort, dynamique et entreprenant.

Ma gratitude pour la disponibilité et l’engagement de qualité de toutes et tous, jointe à mes
sincères félicitations vont à toutes les élues et tous les élus de ce jour.

Je remercie très chaleureusement Claude Hêche pour les compétences, la convivialité et le
respect mis en œuvre dans sa direction des débats du Gouvernement de même que pour sa
constante attention à favoriser le dialogue avec ses différents interlocuteurs.

Mes sentiments de reconnaissance vont également à mes collègues du Gouvernement, avec
lesquels je partage les responsabilités exécutives et au président Alain Schweingruber pour
son année de présidence menée avec l’aisance et le rythme propres aux navigateurs.

Si je suis ici aujourd’hui, et surtout si j’éprouve encore et toujours du sens dans mon
engagement politique, c’est grâce à ma famille, à mes amis, à mon parti, à mon groupe
parlementaire, aux collaboratrices et collaborateurs du Département, et à quelques
circonstances favorables que la vie m’a généreusement offertes. Merci.

Merci au Parlement pour la confiance qu’il vient de me témoigner.

Au détour d’une conversation récente et somme toute anodine, une personne m’a dit ces mots
simples et cette interrogation si compréhensible : « Avec les responsabilités que tu as, ton
mandat qui te prend tant de temps, je pense qu’il n’est plus facile de nous rencontrer ».
J’ai ressenti beaucoup de bienveillance dans ces propos, du respect pour l’engagement
politique en général avec également une certaine mise à distance.
Je me suis alors demandé, face à cette vérité ajoutée à la réalité d’une solitude ministérielle
parfois bien réelle, si aujourd’hui mon mandat était en écho avec mon projet de vie, et si le
sens que revêtait ce mandat au moment de mon élection était préservé.

J’ai le sentiment que, très jeune, j’ai eu à prendre conscience de la complexité des choses et
surtout du fait que le bonheur demeurait pour certains une denrée plutôt rare.

J’avais l’esprit plein de questions sans réponses, qui me faisaient découvrir le sentiment
d’injustice, le sentiment que quelque chose devait changer.

Quelque chose doit changer, Mesdames et Messieurs les députés, chers collègues ; de cette
conviction intime et puisée dans mes expériences de vie, je suis toujours imprégnée.

Si je crois ne pas être de celles et ceux qui restent impassibles à regarder le monde se faire
ou se défaire, mon mandat est bien actuellement ce qui me convient le mieux dans cette
volonté de tenter d’être de celles et ceux qui agissent.

Les personnes qui « se bougent », pour reprendre l’expression populaire, ne sont pas que des
« politiques », mais bien toutes celles qui s’engagent avec conviction dans un projet, qu’il soit
professionnel, familial ou associatif, culturel ou sportif.

Je tiens ici à remercier en particulier les femmes, qui très souvent sont du côté de celles et
ceux dont la volonté produit l’action, malgré leur double ou triple engagement et la fatigue qui
en résulte.

Je souhaite que mon mandat soit une manière de rendre hommage à l’engagement des
femmes en général, et je suis consciente du fait que si je peux m’exprimer aujourd’hui, au
sein même du pouvoir exécutif cantonal, c’est notamment grâce à celles qui refusèrent de
payer leurs impôts parce qu’elles ne votaient pas, à celles qui eurent parfois à renoncer à la
dignité et à la sécurité de leur vie de famille pour affronter l’ironie, l’hostilité, voire le mépris de
leur environnement, alors qu’elles se consacraient avec audace et générosité à la cause de
l’égalité entre hommes et femmes, égalité si visiblement ridiculisée, voire même bafouée en
dépit des textes de loi ou des principes constitutionnels.
L’année passée encore, la veille des femmes aux abords du Palais Fédéral à Berne a montré
que, venant d’horizons très divers, les femmes savent être solidaires lorsqu’il s’agit de
défendre des sujets de société qui leur tiennent à cœur.

Si je suis ici c’est parce qu’à une époque inoubliable d’effervescence et de créativité des
citoyennes et citoyens ont souhaité un changement libérateur pour le Jura.

L’année prochaine, nous débattrons de la loi « un seul Jura ».

Ce sera une réflexion porteuse d’espoir et je suis persuadée que l’étude d’un canton à 6
districts nous montrera à quel point nous avons avantage à privilégier les intérêts de
l’ensemble de la communauté jurassienne.

Cette démarche nous montrera également à quel point le bonheur ou la fierté de ressentir un
sentiment d’appartenance villageoise, régionale ou cantonale peut être une force plutôt qu’un
frein pour mener avec maturité et audace une telle réflexion.

Aujourd’hui qu’attend-on d’une ministre, d’un député, d’une ou d’un maire ?
Qu’espère-t-on de l’Etat ?

Des incompréhensions, des insatisfactions, des griefs et des critiques, je le sais, s’expriment
au sein de la population.

Et là s’imposent la nécessité et le devoir de comprendre, d’écouter et d’entendre, de réfléchir
et d’agir.
Une nouvelle fois : agir !

Je crois en la sincérité des personnes qui s’engagent en politique.

Au travers de mon mandat, je mesure différemment la hauteur de l’obstacle, les contraintes et
les impuissances également, sans toutefois à chaque fois les excuser.

Mais ce dont je suis de plus en plus convaincue, c’est de la nécessité de favoriser et de vivre
des débats politiques vifs, francs clairs, respectueux entre législatif et exécutif, cela afin de
donner à la population le goût de s’intéresser à la chose publique et de bonnes raisons de
nous faire confiance.

L’année prochaine, nous aurons de nombreux dossiers à traiter. Que ce soit dans le cadre du
débat sur le budget ou de la répartition de l’excédent d’or de la BNS, j’en appelle par avance à
la sérénité face aux discussions futures, ce qui ne veut pas dire que les convictions doivent se
fondre dans une sorte de rituel consensuel contraire à nos intérêts.

Les stratégies d’évitement et les prévenances artificielles apportent rarement quelque chose
de bon à la démocratie et à l’image qu’elle renvoie à une population par nature plutôt
sceptique.

N’arrimons pas nos décisions au seul court terme mais donnons de la cohérence et de la force
à notre canton pour développer des projets.

En matière de changement, nous aurons également l’occasion de débattre du projet de
réforme de la formation.

Il nous appartiendra de savoir situer les intérêts des jeunes en formation, de porter attention à
la nécessité du renforcement de cette culture commune émergeant entre monde de la
formation professionnelle et monde des formations dites académiques, d’être attentifs aux
ressources à mettre à disposition pour maintenir et développer une formation de qualité dans
le Jura tout en en assurant la maîtrise des coûts.

Je terminerai en précisant que, comme d’autres collectivités publiques, nous avons à faire
face à une situation que je qualifierais d’austère.

Toutefois, face aux victimes de la guerre, de la faim, de catastrophes naturelles, face enfin
aux injustices ou barbaries qui s’abattent sur des milliers et des milliers de femmes et
d’enfants sur cette terre, je me dis régulièrement qu’ici dans le Jura tout ne va pas si mal, et
qu’ici plus qu’ailleurs nous nous devons non seulement de préserver, mais encore et surtout
de garantir une vie digne à chacune et à chacun (je pense notamment aux « working poor »).

Bourdieu, Morin, Petrella, ou encore Jacquard sont des auteurs qui tous portent une réflexion,
proposent des hypothèses de compréhension et d’action face aux problèmes de notre société.

En écho à leurs écrits, j’entends ces membres de la grande communauté humaine, par
exemple dans le cadre d’ATD Quart Monde, qui disent avec pudeur, parfois avec fatigue ou
amertume, parfois avec violence « aidez-nous à être des gens qui comptent » !

Pour moi, la politique s’inscrit dans une dimension de solidarité et de justice sociale.

Ce peut, ce doit être l’aiguillon véritable contre l’indifférence; une responsabilité, une énergie
qui nous met en lien avec nous-mêmes et avec autrui.

Et c’est dans le respect, la fierté et le bonheur de contribuer à l’action du gouvernement, avec
le soutien du Parlement, avec le soutien du personnel de l’administration cantonale et des
différentes écoles jurassiennes que je m’engage dans l’année qui s’ouvre à nous avec, à
l'esprit, un poème de Paul Eluard.

Bonne justice

C’est la chaude loi des hommes
Du raisin ils font du vin
Du charbon ils font du feu
Des baisers ils font des hommes

C’est la dure loi des hommes
Se garder intact malgré
Les guerres et la misère
Malgré les dangers de mort

C’est la douce loi des hommes
De changer l’eau en lumière
Le rêve en réalité
Et les ennemis en frères

Une loi vieille et nouvelle
Qui va se perfectionnant
Du fond du cœur de l’enfant
Jusqu’à la raison suprême.

Je vous souhaite de lumineuses fêtes de Noël et un joyeux Nouvel An. Santé et prospérité à
vous et à celles et ceux qui vous sont proches.



Elisabeth Baume-Schneider

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